Objectif :

Tisser un petit bout de noosphère

“Je ne suis rien, je le sais, mais je compose mon rien avec un petit morceau de tout.”   Victor Hugo

Redescendre sur Terre

Nous avons progressivement abandonné le Cosmos, lui préférant l’Espace, plus mathématique et plus universel. Mais ce faisant nous nous sommes satellisés dans les hauteurs abstraites des idées ‘vraies’ et avons relégué les dimensions sensibles de l’existence à la sphère privée. Ceci nous a permis de faire de grands progrès scientifiques mais cela nous a aussi scindés en deux : d’un côté le corps et la matière, de l’autre l’esprit qui s’en rend maître. Ce dualisme présente l’inconvénient de réputer ‘vrai’ ce qui est valable pour tous, en tous lieux et en tous temps. Or nos situations sont toutes particulières, situées dans l’espace et situées dans le temps. D’où des contradictions souvent insurmontables entre la raison universelle et nos raisons situées, incarnées, singulières. Ceci a pour conséquence des luttes de pouvoir et des débats stériles, chacun estimant que sa raison est du côté de la raison universelle et qu’elle doit prévaloir sur celle des autres. Avec comme corollaire une impuissance généralisée, comme le manifestent les nombreuses crises (climatique, sanitaire, politique…) qui s’empilent et s’amplifient. Pour sortir de cette impasse, nous proposons de renouer avec le Cosmos.

Renouer avec le Cosmos

Le Cosmos est l’ensemble des liens qui relient les phénomènes. Pas seulement les lois physiques, mais tous les liens que nous faisons, que ces liens soient de nature causale, logique, symbolique, proprioceptive ou affective. En renouant avec le cosmos, nous ambitionnons d’élargir l’objectivité aux dimensions sensibles et personnelles de l’existence. Dire cela, ce n’est pas renoncer à l’objectivité scientifique. C’est au contraire prendre acte des révolutions, philosophique et scientifique, qui ont rendu poreuse la frontière entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’objectivité et la subjectivité. Nous ne pouvons plus faire comme si le monde nous faisait face, comme si le sujet connaissant et l’objet de notre connaissance étaient séparés. L’un et l’autre se co-définissent. Ce qui est vrai au niveau des particules subatomiques l’est encore davantage s’agissant des relations humaines : il n’y a pas de je sans tu, sans un alter-ego duquel se distinguer à travers l’interaction. C’est cette différence, cette distinction qui nous relie sans quoi nous serions dans l’indifférencié, incapables de nous mettre à distance de nous-mêmes et de nous organiser en des structures, des sociétés complexes. Mais nous avons pris cette distance pour une coupure. Coupure douloureuse qu’il nous faut suturer. C’est ce que nous appelons ‘Tisser la noosphère’.

Tisser la noosphère

Le Cosmos est plus vaste et riche que l’Espace puisqu’il met en relation les données objectives avec les données subjectives de notre vécu. Et comme ce dernier est différent d’un individu à l’autre, il y a autant de cosmos que d’individus. Mais les cosmos, s’ils ne peuvent pas s’unifier, peuvent s’entremêler les uns aux autres. C’est dans cet état d’intrication qu’ils forment la noosphère. Il ne s’agit pas d’un état à proprement parler mais de l’ensemble coordonné des possibles de ceux qui, dans l’instant, composent la noosphère. La noosphère réalise en quelque sorte l’unité des perspectives, qui sont pourtant inconciliables du point de vue de la stricte logique du tiers exclu (logique binaire ou booléenne). Tant que nous maintenons cette unité en place, tant que nous l’enrichissons de nos grilles instrumentales et cognitives, tant que nous ne cédons pas aux jugements hâtifs, aux décisions immatures, aux opinions tranchées, alors des possibles intégrateurs de la diversité des perspectives peuvent prospérer et nous ouvrir à une réalité plus riche et plus solidaire. (En savoir +)

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