Spinoza et la question du symbolique, par Catherine Malabou

“À partir d’une lecture du Traité Théologico-politique, de la méthode d’interprétation de la Bible en particulier, je tenterai de voir comment la question du symbolique s’inscrit dans la pensée de Spinoza. Je définirai le symbolique comme cette tendance à la surinterprétation (superstition ?) sans laquelle la compréhension philosophique ne serait pas possible.” Catherine Malabou

La marque du vrai : l’étonnement, la surprise

Imaginons donc un cours de géométrie où la démonstration du théorème d’Euclide aurait été correctement exposée à une assemblée constamment attentive. Un cours, c’est une transmission de savoir et jamais la vérité n’y est en cause : ce qu’on teste à la fin de l’année n’est pas que les étudiants soient « dans la vérité » mais qu’ils sachent ce qu’ils doivent savoir ! Maintenant considérons dans l’assistance deux étudiants précisément venus là pour acquérir du savoir et par conséquent, une fois celui-ci devenu détermination de leur subjectivité, pour accéder à des évidences à propos de réalités qui leur semblaient jusque-là mystérieuses. L’un d’eux, qui vient de prendre la démonstration en note et qui savoure la satisfaction de l’avoir bien comprise, laisse son regard errer sur la figure qui illustre la leçon. Soudain, un cri lui échappe, faisant sursauter son camarade tout préoccupé du diplôme dont il a besoin : « Bon sang, mais c’est vrai : la somme des angles d’un triangle est bien égale à deux droits ! » L’autre, surpris, ne comprend pas qu’on s’étonne de ce qui est maintenant une évidence, et l’interroge du regard. Et notre héros de se tourner vers lui avec l’intention de le secouer, de le réveiller du savoir pour le faire accéder à la vérité : « Mais oui, regarde : c’est vrai ce qu’il y a dans la leçon de géométrie ! » Son camarade hausse les épaules et retourne à sa besogne d’emmagasiner le savoir, mais lui, il restera marqué par ce « moment de vérité ». J-P.Lalloz

De la vraie vie, par François Jullien

François Jullien, philosophe, helléniste et sinologue, est un acteur incontournable de la pensée contemporaine. Son nouvel ouvrage “De la vraie vie” (éditions de l’Observatoire), fait suite, entre autres, à “l’Inouï. Ou l’autre nom de ce si lassant réel” (Grasset), “Dé-coïncidence. D’où viennent l’art et l’existence?” (Grasset) ou encore “Une seconde vie” (Grasset). Si l’inouï échappe à toute emprise, à toute catégorisation, la philosophie du vivre de François Jullien convoque elle aussi la nécessité d’un écart, la capacité à se tenir hors de soi, le sens propre d’ex-ister : « Vivre, c’est décoïncider sans discontinuer de l’état précédent pour continuer de vivre ».

La vérité affective, chez Michel Henry

“Qu’est-ce que la vérité ? La conscience naturelle, instinctive, y verra un rapport entre deux « choses », entre une idée et un objet. Pour être vraie, une description du monde doit correspondre à ce monde. Cette conception de la vérité, bien que se trouvant chez de nombreux auteurs avant lui, notamment chez Platon et Aristote, sera cristallisée en un énoncé clair par Thomas d’Aquin : veritas est adaequatio intellectus et rei (la vérité est l’adéquation de l’intellect aux choses). Cela dit, cette conception de la vérité semble incapable de nous offrir une vérité qui soit absolument certaine, exempte de tout doute. Descartes, à l’aide de sa méthode du doute hyperbolique, rejetant tout ce qui était la proie du doute, croyait avoir trouvé cette première vérité dans l’existence même du sujet : cogito ergo sum (je pense donc je suis). Cette attribution de la première vérité à l’essence même du sujet marqua la naissance de la modernité. Pourtant, cette première vérité est aujourd’hui remise en question.”

Qui a peur de la déconstruction ? : Pour une philosophie du don, par Aurélien Barrau

“Quand cette déconstruction a commencé à être étudiée en Europe et en Amérique du Nord, au milieu des années 1970, il s’agissait d’abord de tenter de dépasser les oppositions binaires d’origine métaphysique (nature / culture, présence / absence, parole / écriture, ici / ailleurs, corps / âme, etc.) et plus particulièrement la « hiérarchisation violente » qui y était presque toujours implicitement associée. La déconstruction était alors en premier lieu un « sur-retournement » de ces oppositions, non pas pour mettre l’autre terme en avant mais pour penser au-delà de la structure oppositionnelle elle-même.” A.Barrau

Dialogue avec Bernard d’Espagnat Sur le “Traité de physique et de philosophie”, par Michel Bitbol

“Ce texte est celui de mon intervention à un colloque organisé par Léna Soler autour du “Traité de physique et de philosophie” de Bernard d’Espagnat (Fayard, 2002). Il y est question du statut de la réalité, de notre position en elle ou face à elle, de son caractère ineffable ou arraisonnable par une science comme la physique, de son caractère pré-structuré ou à structurer par la recherche. Deux attitudes philosophiques sont confrontées : (1) celle qui consiste à maximiser, dans le produit de la connaissance, la part de structure que l’on croit pouvoir attribuer à la réalité telle qu’elle est indépendamment de nous, et (2) celle qui consiste inversement à maximiser la part de structure que l’on croit pouvoir attribuer à la méthode même qui est employée dans la recherche. Chacune de ces deux attitudes trace un programme épistémologique : celui du physicien réaliste, et celui du “métaphysicien” néo-kantien.” Michel Bitbol