La théorie quantique et la surface des choses : Zen et physique contemporaine, par Michel Bitbol

“On a souvent comparé, dans un esprit analogique, la théorie quantique aux éléments de la philosophie bouddhiste. Dans cet article, la seule pertinence qu’on reconnaît à cette comparaison est son pouvoir thérapeutique. L’assimilation de la critique bouddhique de la métaphysique nous aide à nous libérer du rêve (pré)scientifique de représentation d’une réalité cachée qui, non content d’être sans doute illusoire, est à la source de la plupart des paradoxes quantiques. Une telle libération nous aide à aller jusqu’au bout d’une tendance interprétative présente dès la lecture par Bohr de la nouveauté quantique. Il s’agit de l’interprétation qui consiste à admettre : (1) que la théorie quantique ne révèle nulle nature profonde des choses (particules élémentaires ou autre), mais se contente d’anticiper un ensemble de phénomènes relatifs à un contexte expérimental ou technologique ; (2) que sa fécondité s’explique par le seul fait qu’elle incorpore dans sa structure les limites de l’objectivation des phénomènes. Ce double constat paraît frustrant dans le cadre d’une pensée occidentale gouvernée par la pulsion vers les au-delà. Il s’inscrit en revanche dans la continuité d’une pensée Zen selon laquelle, pour emprunter les mots de Dôgen, « cet univers entier n’a jamais rien de caché (derrière le phénomène) ».” Michel Bitbol