Au-delà du peuple – Pluralité et cosmopolitique, par Etienne Tassin

“Aussi faut-il envisager une redéfinition du signifiant peuple : peuple ne désigne plus l’assemblée autorisée d’individus possédant les titres requis pour prétendre être reconnus citoyens de telle ou telle entité politique, fictivement étendue à la totalité des humains peuplant la planète, mais peuples désigne, au pluriel, des communautés d’acteurs formées dans des combats, dans des luttes, dans des rapports de force, communautés précaires qui naissent des actions concertées et souvent cessent aussitôt l’action interrompue ou achevée. Peuples sont les foyers d’insurgence, où des ensembles d’acteurs se trouvent engagés dans une même action à un moment donné. Le sujet de ces actions plurielles est toujours un peuple, s’il est vrai comme le suggère l’analyse arendtienne de l’action, que le peuple est moins l’ensemble qui préexiste aux actions que celui qui naît de ces actions.”

La transformation de l’idée de phénomène: de la donation à la promesse, par Emre San

“Le présent n’est donc pas une présence positive, il est déjà et toujours autre. En effet, toute présence est «une présence à Soi qui est absence de soi, contact avec Soi par l’écart à l’égard de Soi». Ainsi, il faut admettre une simultanéité originaire par-delà la successivité qui caractérise le temps: l’appartenance des apparitions successives à ce monde un et unique les rend contemporaines. La simultanéité renvoie dans la démarche merleau-pontienne à la réalité de ce qui n’est pas actuel, elle ne peut donc pas avoir le sens d’une présence objective. Le présent est ainsi tramé d’absence et englobe le passé. De cette façon, tout point est pris dans la profondeur du simultané. Donc, il n’y a pas temps sériel mais emboîtement: le présent tient dans sa profondeur d’autres présents. Le temps n’est pas la série successive des instants mais il est un, tout, pas sage qui ne passe qu’en différant de soi: «il faut comprendre le temps comme système qui embrasse tout». De cette façon, le présent n’est ni point ni segment du temps: «l’unité de temps est toujours un cycle». L’éternel retour, c’est l’éternité du temps comme création de nouveauté. Il y a, comme le dit Merleau-Ponty, une «éternité existentielle» par-delà la successivité, «il n’y a pas la ligne ou la série du temps, mais un noyau transtemporel — Visible ou Monde — une sorte d’éternité du visible».” Emre San

Jan Patocka, une pensée de la dissidence : phénoménologie et politique, par Mathieu Cochereau

“La Dissidence sera comprise comme l’événement par lequel l’homme est mis à part de la totalité et, en vertu de cette séparation, produit un monde naturel. Nous envisageons la Dissidence d’un point de vue cosmologique (expulsion hors du tout), anthropologique (rapport de l’homme au monde) et phénoménologique (manière dont l’homme fait apparaître ce dont il a été expulsé). Ainsi, la Dissidence signifie une structure commune à l’homme et au monde par laquelle nous pouvons saisir l’action de l’homme face à tout système qui voudrait faire du monde la mesure de l’homme. Notre dernière partie entend donc montrer que l’acte dissident, loin d’être l’expression d’une toute-puissance humaine, exhibe plutôt sa problématique fragilité et la contingence irréfragable du monde naturel.” Mathieu Cochereau