La marque du vrai : l’étonnement, la surprise

Imaginons donc un cours de géométrie où la démonstration du théorème d’Euclide aurait été correctement exposée à une assemblée constamment attentive. Un cours, c’est une transmission de savoir et jamais la vérité n’y est en cause : ce qu’on teste à la fin de l’année n’est pas que les étudiants soient « dans la vérité » mais qu’ils sachent ce qu’ils doivent savoir ! Maintenant considérons dans l’assistance deux étudiants précisément venus là pour acquérir du savoir et par conséquent, une fois celui-ci devenu détermination de leur subjectivité, pour accéder à des évidences à propos de réalités qui leur semblaient jusque-là mystérieuses. L’un d’eux, qui vient de prendre la démonstration en note et qui savoure la satisfaction de l’avoir bien comprise, laisse son regard errer sur la figure qui illustre la leçon. Soudain, un cri lui échappe, faisant sursauter son camarade tout préoccupé du diplôme dont il a besoin : « Bon sang, mais c’est vrai : la somme des angles d’un triangle est bien égale à deux droits ! » L’autre, surpris, ne comprend pas qu’on s’étonne de ce qui est maintenant une évidence, et l’interroge du regard. Et notre héros de se tourner vers lui avec l’intention de le secouer, de le réveiller du savoir pour le faire accéder à la vérité : « Mais oui, regarde : c’est vrai ce qu’il y a dans la leçon de géométrie ! » Son camarade hausse les épaules et retourne à sa besogne d’emmagasiner le savoir, mais lui, il restera marqué par ce « moment de vérité ». J-P.Lalloz